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03/04/2014

David Suarez : "J'avais les K7 de JPP à la maison"

David Suarez évolue actuellement à Vannes, dans le très relevé championnat du National. Le garçon a beaucoup voyagé et a connu de nombreux clubs français durant sa carrière. Il a notamment participé à la double remontée exceptionnelle du Sporting Club de Bastia.

A bientôt 35 ans et 143 buts, il a accepté de se confier sur son parcours qui respire tendrement « Le Football Vrai ».

 

Quel est le nom du tout premier stade sur lequel tu as évolué ?

Waouh ! Bonne question ! Le premier souvenir qui me revient c’est le stade où j’ai fait mes premiers pas en Séniors, c’est le Stade Paul-Lignon de Rodez.


Stade Paul Lignon Rodez Suarez.jpg


 

Te souviens-tu de ton tout premier but en club ?

Mon premier but en Pro c’est contre Lorient. Cannes-Lorient en 1999 ! Ça date ! 

 

Le premier maillot que tu as acheté ou qu’on t’a offert ?

Je pense que c’est un maillot que mon père m’a ramené des Girondins de Bordeaux. Moi j’avais le maillot de Bordeaux, c’était à l’époque de Chalana et mon frère avait celui de Monaco.

 

Fernando Chalana Suarez.jpg

 

As-tu déjà porté un cycliste ou un collant sous ton short ?

Ouais cycliste. Collants jamais !

 

Avec ta première paye, t’as offert un resto à tes potes ou tu t’es acheté un écran géant ?

Je vais dire resto avec mes potes.

 

Après une victoire, pour récupérer, t’es plutôt du genre à boire un litre d’eau ou un litre de Kro ?

Je commence par le litre d’eau après le match et un peu plus tard dans la soirée c’est un litre de Kro.

 

T’es plutôt merguez/frites ou saucisson/beurre ?

Merguez/frites.

 

Niveau chaussures, t’es plutôt Nike, Adidas ou Patrick noires classiques ?

J’ai commencé avec des Mizuno tout jeune, mais plutôt Adidas maintenant parce qu’il faut vraiment que je m’allège au niveau de la vitesse pour que je sois le plus performant possible.

 

T’es plutôt Téléfoot, Jour de Foot ou BeinSports ?

Aujourd’hui, avec mes enfants qui sont fous de foot, il y a la chaîne Beinsports qui marche en continue toute la semaine. Par contre, je suis un enfant de Jour de Foot et de l’Equipe du Dimanche. Ouais. J’ai vraiment regardé beaucoup d’émissions, je suis un passionné et Jour de Foot a bercé toute ma carrière. Et l’Equipe du Dimanche aussi. Grande époque.

 

C’est justement notre sentiment, cette grande époque qui nous manque … (il coupe)

Aujourd’hui, il y a tellement de Foot partout. C’est vrai que ça dénature avec l’argent et tout ce qu’il y a autour du football.

 

Quel est l’Homme qui a marqué ta carrière ?

J’avais les K7 de JPP à la maison. Je pense qu’en termes de buteur c’était vraiment exceptionnel. Et donc j’étais vraiment porté sur les attaquants. J’ai été également marqué par la Hollande en 1988. Donc je vais dire Van Basten et JPP. Ce sont mes références au niveau de la grinta devant le but. Ils réfléchissaient pas, ils ne se posaient pas de questions devant le but et BAM ! Aujourd’hui y’a Cristiano Ronaldo et Messi forcément qui attirent mon attention mais à l’époque c’était plutôt Papin et Van Basten.


jpp suarez.JPG


 

Je fais référence à la VHS « Jean-Pierre Papin : « Mes secrets pour marquer » et à son travail quotidien.

Ah ouais je l’avais. C’est exactement ça. Il tentait sa chance, il pouvait en rater 2 dans le match il savait que la troisième allait rentrer. C’est impressionnant et ça m’a marqué pendant toute ma carrière.

 

Quel est ton meilleur souvenir sur un terrain de football ?

Alors je vais te dire le match où on monte avec Bastia de Ligue 2 à Ligue 1. C’est un gros souvenir parce que les gens ont envahi le terrain. Les personnes âgées pleuraient parce qu’on avait remis le Sporting à la place qu’il méritait. Cette émotion où les gens nous ont remerciés du travail qui avait été fait. De la passion qu’on mettait sur le terrain. Et eux ce qu’ils mettaient dans les tribunes c’était vraiment un moment unique. J’ai eu de très bons moments dans ma carrière mais ce match-là, où on sait qu’on va monter en Ligue 1 et la passion des gens était vraiment impressionnante. Les personnes de 70-80 ans qui pleuraient ….. C’était vraiment beau ouais. C’est la passion Corse mais c’est un remerciement pour tout le travail qu’on avait fait. Et d’avoir réussi à accomplir ça avec mes coéquipiers pendant deux saison, ça marque. Les gens s’en souviendront toute leur vie, c’est un peu ce qu’on a envie de laisser après notre carrière.

 

Quel le stade le plus moche dans lequel tu aies évolué ?

Alors là dans le championnat du National il y en a des intéressants ! On a fait quelques matchs dans des stades comme le Poiré. Ça c’est pas très moche, mais c’est très champêtre. Après faut s’adapter. Par contre le Stade de Boulogne (Stade de la Libération : ndlr)  niveau unité c’est vraiment pas mal. Y’a rien de commun. Y’a pas un dossier de la même couleur.

 

Et le plus beau ?

J’ai fait un match au Vélodrome plein. Plein c’était impressionnant mais je pense que le stade de Bastia quand il est remplit, comme la plupart du temps. Furiani c’est vraiment un stade à part et j’ai pris un réel plaisir à jouer dans ce stade. T’as l’impression que t’es à 140% et qu’il ne peut rien t’arriver. D’ailleurs je n’ai pas perdu un match à Bastia. C’est une arène, ça nous motive. C’est incroyable !

 

Est-ce qu’il t’arrive d’aller en tribunes voir certains matchs ?

Ouais souvent. En plus je suis en Bretagne et il y a beaucoup de clubs. J’ai beaucoup d’amis dans les équipes de Ligue 1 et Ligue 2. J’ai des enfants passionnés. Je suis allé voir Nantes-PSG. Je suis allé beaucoup voir Rennes cette saison. Je suis allé voir Lorient-Bastia aussi. Je suis un passionné. J’aime le foot, j’aime le regarder, j’aime jouer. Avec les enfants j’essaie de leur transmettre cette passion. J’ai quatre garçons et en plus ils sont en âge d’aimer le football donc on essai le plus souvent possible d’y aller, on a la chance d’être  à 1h de Lorient, 1h de Rennes, 1h de Nantes. Et mon père m’amenait au stade aussi, c’est toujours des moments sympas.

 

Ton passage à Bastia a été particulier pour toi et les supporteurs. Peux-tu nous en parler ?

C’est vrai que Bastia est un club particulier. Dès qu’on est arrivé en National on s’est aperçu de la tâche qu’était la nôtre de remonter le club le plus haut possible. Au moins en Ligue 2, dans le monde professionnel. Parce que le club était en train de mourir et quand je voyais des réunions d’avant-saison avec 500 personnes pour savoir où aller le Sporting à cette époque-là, en sachant qu’on avait été rétrogradé en CFA, je me suis dit que j’avais mis les pieds dans un club fort pour le football français et pour le football corse bien entendu. En plus, avec la catastrophe de Furiani, c’est un club vraiment marqué par l’Histoire ! Il y a eu aussi l’épopée de l’équipe de Bastia en 1978, la passion est vraiment dans toute la Corse ! Je l’ai de suite vu quand je suis arrivé en Corse. Dans le sud, les gens m’ont parlé tout de suite de Bastia, on venait d’arriver depuis 1 ou 2 semaines donc c’est sûr que les supporteurs font partis de l’équipe. C’est du régal quand tu gagnes, quand t’arrives à faire remonter le club, quand t’as des résultats, tu prends du plaisir. Tout le monde est content, ce sont vraiment des périodes exceptionnelles.



 

D’ailleurs, as-tu le sentiment d’avoir sauvé le club avec ces remontées consécutives ?

Je ne sais si on a sauvé le club mais on a … (il coupe : ndlr) Quand tu me parles du Football Vrai ben c’était un peu ça. On ne calculait pas, on essayait à chaque action de marquer, un peu comme quand tu joues avec tes potes dans ton quartier. L’état d’esprit, ça pouvait être de la rigolade jusqu’à deux minutes du coup d’envoi et puis après c’était fini. On avait un groupe de potes, un groupe d’amis. Humainement … et dans l’équipe il y avait aussi de bons joueurs. Il y avait les supporteurs qui avaient cette passion qui nous a portée. Les dirigeants, le staff, tout était réuni pour faire deux saisons exceptionnelles !

 

Si tu devais retenir un seul but sous le maillot corse ?

Celui dans les derniers matchs  où on est menés 0/1, on était pratiquement sûrs de monter mais à Bastia tout est symbolique. On voulait accrocher le titre de champion de National, chez nous à Furiani. En plus c’était vers le 4 ou le 5 mai, c’était la date d’anniversaire de la catastrophe de Furiani et dans ce match on bat Créteil, moi je marque à la 70ème à peu près et on renverse la situation d’une super tête qui va dans la lucarne. Là on égalise et après on marque le but du 2/1 à la 95ème minute et on est champion. Un titre de National c’est pas grand-chose mais on aurait dit que c’était un match de coupe d’Europe !

 

Tu as aussi joué à Sedan, et là, ça s’est beaucoup moins bien passé ?

Ah ouais ben là tu perds la notion de Football, même si dans l’équipe il y avait de supers mecs. Franchement le groupe était très bon. J’ai eu avec Landry Chauvin un problème de communication parce que moi je donnais tout ce qu’il fallait à l’entrainement, je faisais des efforts, j’étais bien, j’étais dans le truc. Lui il voulait que j’arrête ma carrière en 2008, il m’a dit qu’il fallait passer à autre chose, penser à la reconversion. Psychologiquement, il a utilisé son groupe, en fait il n’y avait pas de concurrence donc au final il n'est pas monté avec pratiquement les meilleurs joueurs de Ligue 2. C’était un vrai problème de communication. Je ne lui en veux pas mais je pense que quand on gère un groupe, on doit savoir utiliser tout le monde tout en communicant. On va dire que footballistiquement, ça aurait été le point noir de ma carrière, mais je ne me prends pas la tête, j’ai la chance de faire vraiment un très très beau métier, j’ai donné tout ce que j’avais à l’entraînement, je méritais de participer à tout ça mais bon, il n’avait pas envie de me faire jouer … Je ne sais pas si c’était des consignes ou quoi que ce soit, et puis voilà, je trace ma route. ET bon, j’étais très très heureux qu’il me fasse, 2 ans après, la haie d’honneur lors du dernier match (Bastia-Nantes, 11 mais 2012, Bastia est sacré champion de Ligue 2 : ndlr) Dans le foot comme dans la vie, la roue tourne (rires) Il faut savoir parfois courber l’échine pour pouvoir rebondir et Sedan ça m’a énormément servi ouais.

 

Et à Vannes, comment se passe la saison ?

Et ben elle a eu du mal à démarrer. J’ai l’impression qu’on a trouvé un équilibre malgré tout ce qu’il nous ait arrivés. C’est un bon club, avec une très bonne mentalité, il y a un très bon groupe mais bon quand on est 19 joueurs c’est compliqué. Et puis le championnat National c’est un championnat rugueux, qui nécessite beaucoup d’expérience, surtout à l’extérieur où on a beaucoup de mal d’ailleurs. Là ça va beaucoup mieux, on est en train de remonter la pente, on avait beaucoup de points de retard. (Vannes est 16ème du classement : ndlr) J’espère qu’on va continuer comme ça et qu’on va s’en sortir. On est sur une très bonne série.


suarez vannes.jpg

 


Si je dis « Le Football Vrai » ça t’inspire quoi ?

Ça m’inspire cette ambiance de vestiaires, de rigolade, de potes, voilà, on va faire un match, on va se défoncer les uns pour les autres. Ça m’inspire le fait de garder la passion du foot. C’est vrai qu’il y a des moments où ça dérive un peu, on est plus dans la contestation, la colère, tout ce qui est gestion, le financier, tout ce qu’il y a autour des footballeurs. Moi le Football Vrai c’est peut-être ce qui m’a permis de durer dans ce milieu qui est difficile. Il faut toujours penser que le Foot c’est un jeu, il faut essayer de prendre le maximum de plaisir, marquer le plus de buts possible que ça soit en match, à l’entrainement où dans les petits jeux. Il faut donner le meilleur. Les gens qui donnent le meilleur sont toujours récompensés. Le Football Vrai c’est cette notion de dépense d’énergie et à la fin on se sert la main et on boit une p’tite bière. C’est ce qui manque aujourd’hui dans les groupes qui ont du mal à enchaîner les victoires. Les joueurs Pro finissent leur match et rentrent chez eux. Le Foot Vrai ça me rappelle quand j’ai commencé à Rodez où je jouais avec des joueurs expérimentés, ils avaient connus la Ligue 2 et le National et c’était ça. Il y avait le match, on se donnait un maximum que l’on gagnait ou que l’on perdait et puis après on partait au Café pour essayer de discuter jusqu’à « pas d’heure ». Ce matin, je titillais encore des joueurs à l’entraînement, je leur disais « Allez les gars faut gagner » alors que ce sont des matchs d’entraînement. On a la chance de faire un beau métier, alors si en plus on fait la gueule …

 

Du coup, peux-tu nous faire un TOP 3 des joueurs qui t’inspirent  typiquement « Le Football Vrai » ?

 

Question difficile …
Je pense que, toute proportion gardée, ce que fait Ryan Giggs depuis le début de sa carrière c’est énorme. Lui c’est le football total, la passion. Tu es incapable de jouer jusqu’à 40 ans sans passion. Il faut aimer le foot. Il représente beaucoup pour les joueurs.
Après, après, après … En France, je dirais Benoît Costil, bon, déjà c’est un pote à moi
(rires) mais il est toujours souriant, il a toujours envie de jouer. Quand il fait des erreurs, il le dit ouvertement, il est toujours positif. C’est un peu le symbole d’un joueur qui a cette passion et qui joue au Haut Niveau. Il est toujours courtois, disponible pour ses partenaires, les adversaires, il est très fair-play, je pense que beaucoup  devraient s’inspirer de son état d’esprit. Je t’envoi le troisième par texto si jamais je le trouve ! (rires)

Propos recueillis par Petit Pont Moulon

 

Crédits : "Old School Panini" / "ouest-france.fr"

 
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