Avertir le modérateur

13/11/2014

On est allé voir un match à Bauer


« Tu viens boire des bières et voir un match du Red Star ? » c’est comme ça qu’a commencé cette aventure. Elle débute vraiment à St Ouen, au bout de la ligne 13, on accède au Stade Bauer. Mais avant d’aller au stade un arrêt à l’Olympic s’impose. L’Olympic c’est ni plus ni moins que LE bar en face de Bauer. Ici le temps s’est arrêté dans les années 60/70, à l’époque où le Red Star venait de fusionner avec le Toulouse FC pour rester en première division. En témoigne la carte derrière le bar qui propose du Viandox. « Une pinte » « 3€ » « Merci monsieur ». Me voilà avec une bière pour 20 francs.

 

le, football, vrai, red, star, bauer, photo

 

Je commence donc à socialiser avec les forces en présence. « S’ils sortent la bâche moi je rentre sur la pelouse la récupérer frère. Je m’en bat les couilles de l’IDS. » me confie un quadra dans le coin. À côté de lui des papis se rappellent les grandes années. A l’entrée un jeune distribue la lettre d’info du Red Star et un autre m’explique les difficultés rencontrées par le Red Star cette année sur le terrain « On a un bon gardien, un bon arrière droit, devant ca va. Mais alors le milieu c’est d’la merde… » Bref, un bar de foot.

 

Mais tous sont unanimes : « C’est la première fois qu’il y a autant de monde à Bauer cette saison, au dernier match le parcage était vide, on est même sorti prendre des bières à la mi-temps » me confie l’un d’entre eux tout en ajoutant « Le mec qui veut aller récupérer la bâche là, il fait le chaud trojan skin et tout mais il reste assis en haut de la tribune… Bien sûr que ca nous fait chier cette histoire de bâche mais nous on est surtout là pour le kiff et pour pousser le Red Star » Aujourd’hui le bar est plein, la bière coule à flot, trop d’ailleurs, si bien qu’à 45 minutes du coup d’envoi les futs sont vides et le patron est obligé de sortir les canettes.  «File moi une kro chef s’il te plait » Chef essaie d’esquiver en disant qu’il n’y en a plus mais le frigo étant encore ouvert tout le monde peut voir qu’il en reste. Il est donc contrait de servir.

 

« I’m here to see real football »

 

L’heure tourne et la foule se masse à l’entrée. De mon côté je laisse tout ce beau monde rentrer dans le stade et termine ma bière, dans le rade qui se vide peu à peu. Au comptoir, un homme décroche son téléphone et explique à son interlocuteur qu’il est « au foot ». À St Ouen on ne vient pas voir le Red Star, on ne vient pas au Red Star, on vient au foot. Un peu plus loin j’entends des anglais discuter et décide de m’incruster…

 

le, football, vrai, photo

 

Je leur demande ce qu’ils font là ? Pourquoi ils viennent voir le Red Star alors qu’ils peuvent attendre 2 jours de plus pour aller voir un match de football faux au Parc des Princes. La réponse que me donne cet anglais dépasse mes attentes « I’m here to see real football. This is not PSG. PSG it’s Chelsea. A fake team. Here it’s the true football. The football of the 70’s » pour ceux qui ne parlent pas anglais ca donne « Je suis ici pour voir du vrai foot. Ca c’est pas le PSG. Le PSG c’est Chelsea. Une fausse équipe. Ici c’est le vrai foot. Le football des années 70 ». Le football vrai est donc un concept partagé par nos voisins anglo-saxons. Et quand j’explique à cet homme le pourquoi de ma demande et le principe du football vrai il est d’accord avec moi. Mon match ne peut pas mieux débuter et c’est le cœur joyeux que je me dirigé vers l’entrée.

 

le, football, vrai, photo

 

De l’extérieur on voit 3 tribunes. Une fois à l’intérieur on voit également 3 tribunes. Celle pour les supporters du Red Star, face aux bancs de touche. Une grande tribune sur notre gauche, vide, et une tribune en face où sont parqués les Strasbourgeois, une centaine, avec 80% de vide à côté d’eux. Ces 2 tribunes sont vides parce qu’elles s’écroulent petit à petit. Une rénovation ne serait pas de trop mais les coûts pour une telle opération sont bien trop importants. Certainement aussi importants que ceux pour faire des travaux sur la barre HLM derrière un but. « Si on monte en L2 c’est la merde. On va pas aller à Charlety, il y a déjà le Paris FC. Non, nous ce qu’on veut c’est rester à Bauer.» m’explique un supporter vert et blanc. Il n’est pas le seul à penser ça, rapidement la tribune reprend « Le Red Star à Bauer ! Le Red Star à Bauer ! Le Red Star à Bauer ! », le tout sans méga ni tambour. À l’ancienne. On peine à distinguer qui est le capo, tant les fans sont tassés sur la grille de protection entre la tribune et le terrain.

 

le, football, vrai, photo

« Il n’y a que Bauer »

 

Le bruit ne faiblit pas après le but de Strasbourg. Il est même de plus en plus fort. Le RCS mène 1-0 mais les supporters du Red Star continuent à gueuler à la gloire du Red Star. Et 6 minutes plus tard quand les locaux égalisent un pogo est lancé et le kop hurle « Il n’y a que Bauer ! ». Et ils ne parlent pas de Jack. Le Jack, certains en ont visiblement trop bu avant.

 

Juste avant la mi-temps l’arbitre siffle contre le Red Star une faute limite. Le stade invective l’homme en jaune avec ce superbe chant « Flic, arbitre ou militaire, qu’est-ce qu’on ferait pas, pour un salaire ! ». Peu importe la division l’arbitre reste donc un homme à part (et donc un sacré connard pour les supporters)

 

La merguez-ketchup de la mi-temps se mange devant un équivalent de trophée Wanadoo où un minot, un peu enveloppé portant le numéro 7 va devenir le héros du kop. Sous son physique de Jean-Claude Darcheville, le public chante à sa gloire. « Numéro 7 » nous le rend bien en venant  nous saluer  après chacun de ses buts.

 

le, football, vrai, photo

 

Le match reprend, et après 15 minutes les Alsaciens plantent un second pion. Le Red Star est mené 2-1 à domicile. Comme après le premier but, Bauer ne lâche pas et continue à encourager ses joueurs.  Malheureusement pour eux il n’en est rien, et à 22h23 l’arbitre siffle la fin du match sur un score de 2-1 pour les visiteurs.

 

« Récupérée par les forces de l’ordre »

 

Malgré la défaite, Bauer applaudit ses héros. Strasbourg les siens. Et les 2 kops s’insultent. « Bon allez, on va boire un demi et on décolle ». Des « Bauer Antifa !» raisonnent alors que nous quittons le stade en restant bluffé par la prestation du capitaine strasbourgeois, Ernest Seka. La raison de ces « Bauer Antifa ! » est toute simple. Les UB90, ultras strasbourgeois, sont connus pour leurs positions politiques plutôt à droite (aucun rapport avec leur proximité avec l’Allemagne) alors que ceux du Red Star eux sont, comme leur nom en témoigne, plutôt de gauche.

 

le, football, vrai, photo

 

Cette dernière bière à l’Olympic nous permet de voir nos amis du jour, les ultras du Red Star, se chauffer dès qu’ils voient la bâche subtilisée l’an passé. Alors qu’ils sont prêts à aller au combat pour récupérer leur relique tout ce petit monde se calme et un agent de sécurité revient avec la liquette. En la rendant aux fans, il a la mauvaise idée de dire « Récupérée par les forces de l’ordre ». Un homme visiblement aussi costaud qu’alcoolisé, vêtu d’un pull à capuche le gratifie d’un « Ferme ta gueule » en guise de remerciements. C’est alors qu’un collègue de l’agent de sécu qui apparemment connait notre homme lui dit « Arrête, il a une cravate ! »

Un beau résumé de ce qu’est le Red Star. Une opposition Porte de St Ouen/Porte d’Auteuil. Une opposition  merguez/foie gras. Une opposition pull à capuche/Costume cravate.

JA Murphy (Suivez le sur Twitter)

Suivez aussi Le Football Vrai)

 

 

 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu